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La scène mise à nu
N° 26 - 2ème semestre 2007
 
    
 

 Edito 
 


Débarrasser, renoncer, simplifier, dépouiller, éliminer, vider, mettre à nu…
La tentation et le rêve de faire table rase sur le plateau ont hanté un grand nombre d’hommes de théâtre au XXe siècle. Avec des objectifs et des moyens parfois contradictoires, parfois mal interprétés (c’est le cas du célèbre tréteau nu de Copeau, trop souvent confondu avec une simple et improbable soumission au texte, quand c’est le comédien qu’il entendait mettre au centre), tous ont été motivés par le besoin pressant de vivifier le rapport du corps à l’espace. Pour sortir des contraintes du décor, ils ont cherché à s’en imposer de nouvelles et de plus périlleuses : les planches lisses et polies, ou les obstacles des praticables et des dispositifs fixes, ou bien le jeu des éclairages rendu seul souverain, ou bien encore la cage de scène elle-même, avec ses murs délabrés, ses cordes et ses artifices.
Désencombrer l’espace scénique, le rendre à sa matérialité de plateau, construire autour de l’acteur un habitacle vide, un écrin d’air, d’échos et de lumières – voire surtout la solidité d’un sol – ce projet de refondation de l’acte théâtral qui est aussi, comme l’observe Georges Banu, un projet de purification esthétique et morale, a scandé quelques-unes des étapes décisives de l’histoire de la mise en scène contemporaine (de Copeau à Vilar, de Grotowski à Brook, de Régy à Pommerat), s’imposant à chaque fois avec la brutalité d’un retour aux sources : le texte de Jean Vilar cité en exergue n’est-il pas intitulé, fort justement, « Assassinat du metteur en scène » ? Comme le domaine des arts plastiques, où s’est décliné sans fin le grand dégagement inauguré par Marcel Duchamp, l’art de la mise en scène au XXe siècle n’a cessé de renier les pouvoirs accumulés par les générations précédentes : non comme la clôture d’une histoire, toutefois, mais comme une replongée vivifiante dans le temps mythique des commencements. S’il y a des tables rases qui affirment l’inanité d’une tradition et l’inutilité d’en prolonger naïvement les simulacres, il en est d’autres qui se veulent des berceaux, et celles que recherchent ardemment les metteurs en scène sont à l’évidence de celles-là.
Mais si le plateau se débarrasse de toute présence décorative, de toute figuration même embryonnaire des lieux de l’action dramatique, cette béance peut prendre des visages bien différents. À côté des vides presque religieux, austères ou chaleureux, intensément habités par la présence irradiante des acteurs, il y a aussi des vides négligés, comme livrés au hasard d’une utilisation improvisée, entre consoles et câbles, perches et projecteurs bien visibles. Vides profanes, voire matérialistes, par opposition aux vides mystiques et essentialistes ? Le partage n’est sans doute pas si facile… Ces vides, quels qu’ils soient, occupent aujourd’hui beaucoup nos scènes : cages mises à nu, plateaux « arides », coulisses à vue, les scénographies se font discrètes, minimales. Loin de renvoyer au public une image du monde, elles dessinent le lieu d’un travail, de tâches concrètes et de prolongements imaginaires à conduire. Pour quelles nécessités ? Sous quelles apparences exactement ? C’est, nous l’espérons, ce que la confrontation des expériences d’hier et de celles d’aujourd’hui peut contribuer à éclairer.

Le Comité de rédaction

 
   
 Sommaire
 
> Editorial
 
> La scène mise à nu
 Quand la scène n’était pas une cage.
Anne SURGERS
Vidée, la scène vide ?
Georges BANU
Vilar et le plateau nu : Imaginatio generat casum
Cecilia FERRARI
Domestiquer le vide.
Entretien avec Philippe LACROIX
Jacques Le Marquet-Claude Régy : recherche d’une esthétique du vide.
Anaïs DUPUY-OLIVIER
L’espace négligé : le plateau là.
Jean-Luc MATTÉOLI
Les plateaux nus de la danse, rencontrer, explorer les textures de l’espace.
Chéryl GRÉCIET
On ne distrait pas le public avec des fanfreluches.
Entretien avec Stanislas NORDEY
De l’ouïe à vue. À propos du travail de Joris Lacoste.
Gilda CAVAZZA

Du désenchantement à l’ouverture du plateau : l’invitation au partage de Tg Stan.
Marie-Isabelle BOULA DE MAREUIL
 
> Carnets de création
 Alice mise en scène par Madeleine LOUARN (Théâtre de l’Entresort)
et Jean-François AUGUSTE (Théâtre des Lucioles)
Les Genêts d’or, Catalyse, l’Entresort et Les Lucioles.
L’Histoire merveilleuse du poisson, de la souris et de l’escargot. Atelier Catalyse
« Comme lorsqu’on tombe dans un rêve ». Entretien avec Madeleine LOUARN et Jean-François AUGUSTE
Dérouler Alice et le monde merveilleux. Notes de travail de Jean-François AUGUSTE
Condensation et déplacement, des mécanismes matriciels. Notes de travail de Madeleine LOUARN
Extraits du texte Alice. adapté par Madeleine LOUARN et Jean-François AUGUSTE
Que certaines choses nous échappent. Entretien avec Marc LAINÉ
Les espaces acoustiques d’Alice. Entretien avec David SEGALEN
 
> L'esprit d'escalier
 Un regard d’ailleurs sur Les Éphémères. Carole Entretien avec Lev DODINE
Gênes 01 ou comment la tragédie existe-t-elle sans fiction ?. Herveline GUERVILLY
 
> Le théâtre des cinéastes
 La Vie des autres (Das Leben der Anderen) de Florian Henckel von Donnersmarck.
Des fantômes utiles ? Jean-Pierre MOREL
Sempre vivu ! Qui a dit que nous étions morts ?
Le cri de victoire de Robin Renucci. Jean-Philippe DE OLIVEIRA
 
> Une scène de papier
 Le Spectaculaire dans les arts de la scène du romantisme à la Belle Époque. Isabelle Moindrot. Alice FOLCO
 
> Inédit
 Par courtesy de Noëlle RENAUDE
 
  Croquis et fusains :
Daniel JEANNETEAU ©
 
 
 
 
   
 
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