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son dernier ouvrage, Robert Abirached lie étroitement la question de l'avenir
du théâtre à celle du spectateur et cette dernière,
à son tour, à celle de la vitalité d'un répertoire
contemporain. Il déplore qu'il y ait aussi peu de relais entre l'écriture
et le public, mais ne voit dans " les mises en espace et les mises en voix
", telles qu'elles se multiplient aujourd'hui, qu'un " alibi donn[é]
à la création contemporaine " (1). Ces lectures-spectacles,
ces lectures (un peu, beaucoup ou pas du tout) mises en scène peuvent être
un alibi, elles l'ont été, elles le sont encore. Dans ce dossier
même, plusieurs témoignages le confirment. Mais cela n'explique pas
pourquoi elles touchent tant de monde, ni pourquoi nous en sommes si touchés,
non plus que les raisons pour lesquelles elles font, de plus en plus souvent,
en de très nombreux lieux, l'objet d'un soin particulier de la part des
acteurs et des metteurs en scène, parfois aussi des musiciens, scénographes,
chorégraphes qu'ils ont sollicités, sans que ces travaux délicats
basculent dans la création d'un spectacle proprement dit. La lecture
à haute voix d'un texte de théâtre est ouverture, mise en
résonance des mots d'une langue particulière, aux frontières
de l'écrit et de l'oralité. Dire un texte de théâtre,
c'est inscrire dans le même temps auditeurs, lecteurs et personnages de
fiction. C'est vivre ensemble un temps partagé. Il ne s'agit pas d'un sous-produit
d'un théâtre qui ne verra pas le jour mais d'un moment théâtral
à part entière. La scène contemporaine elle-même
- nous n'avons fait que l'indiquer, mais le constat est important - fait théâtre
de la lecture. Elle s'ouvre à des figures de lecteurs et de lectrices ainsi
qu'aux textes qu'ils ont en main : les volumes de la NRF aux titres à jamais
illisibles de la répétition d'Elvire-Jouvet 40 (Brigitte
Jaques), les feuilles volantes posées sur le pupitre bricolé de
La Bataille du Tagliamento (François Tanguy), le volume luminescent
de La Maladie de la mort (Marguerite Duras / Robert Wilson), les vieilles
pages de la Storia fiorentina de Benedetto Varchi, dans le Lorenzaccio
de Carmelo Bene... Ou encore : la page d'écriture malhabile relue, face
public, par Jeune femme (Valérie Dréville) dans la mise en scène
donnée par Claude Régy du texte de David Harrower Des couteaux
dans les poules. Elle se relit. Elle entre du même coup dans le monde.
Toute lecture scénique est aussi une genèse.
Le
Comité de rédaction | |