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Texte en main
N° 22 - 2ème semestre 2005
 
    
 

 Edito (extrait) 
 


Dans son dernier ouvrage, Robert Abirached lie étroitement la question de l'avenir du théâtre à celle du spectateur et cette dernière, à son tour, à celle de la vitalité d'un répertoire contemporain. Il déplore qu'il y ait aussi peu de relais entre l'écriture et le public, mais ne voit dans " les mises en espace et les mises en voix ", telles qu'elles se multiplient aujourd'hui, qu'un " alibi donn[é] à la création contemporaine " (1).
Ces lectures-spectacles, ces lectures (un peu, beaucoup ou pas du tout) mises en scène peuvent être un alibi, elles l'ont été, elles le sont encore. Dans ce dossier même, plusieurs témoignages le confirment. Mais cela n'explique pas pourquoi elles touchent tant de monde, ni pourquoi nous en sommes si touchés, non plus que les raisons pour lesquelles elles font, de plus en plus souvent, en de très nombreux lieux, l'objet d'un soin particulier de la part des acteurs et des metteurs en scène, parfois aussi des musiciens, scénographes, chorégraphes qu'ils ont sollicités, sans que ces travaux délicats basculent dans la création d'un spectacle proprement dit.

La lecture à haute voix d'un texte de théâtre est ouverture, mise en résonance des mots d'une langue particulière, aux frontières de l'écrit et de l'oralité. Dire un texte de théâtre, c'est inscrire dans le même temps auditeurs, lecteurs et personnages de fiction. C'est vivre ensemble un temps partagé. Il ne s'agit pas d'un sous-produit d'un théâtre qui ne verra pas le jour mais d'un moment théâtral à part entière.

La scène contemporaine elle-même - nous n'avons fait que l'indiquer, mais le constat est important - fait théâtre de la lecture. Elle s'ouvre à des figures de lecteurs et de lectrices ainsi qu'aux textes qu'ils ont en main : les volumes de la NRF aux titres à jamais illisibles de la répétition d'Elvire-Jouvet 40 (Brigitte Jaques), les feuilles volantes posées sur le pupitre bricolé de La Bataille du Tagliamento (François Tanguy), le volume luminescent de La Maladie de la mort (Marguerite Duras / Robert Wilson), les vieilles pages de la Storia fiorentina de Benedetto Varchi, dans le Lorenzaccio de Carmelo Bene... Ou encore : la page d'écriture malhabile relue, face public, par Jeune femme (Valérie Dréville) dans la mise en scène donnée par Claude Régy du texte de David Harrower Des couteaux dans les poules. Elle se relit. Elle entre du même coup dans le monde. Toute lecture scénique est aussi une genèse.

Le Comité de rédaction

 
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(1) - Robert Abirached, Le Théâtre et le Prince. II. Un système fatigué 1993-2004, Actes Sud, 2005, p. 67.
 
 Sommaire
 
> Editorial : commencements ?
 
> Texte en main
 Voir le liseur dans le lecteur
Marie-Madeleine MERVANT-ROUX
Il n'y a pas de petites choses
Entretien avec Lucien ATTOUN
Le pupitre et la feuille
Jean-Paul MANGANARO
Catherine : le jeu du livre
Brigitte JOINNAULT
Est-ce que tu as appris ta poésie ?
Entretien avec Michael LONSDALE
Lectures de l'illisible
Jean-Pierre RYNGAERT
Les lectures de l'auditorium du Louvre
Entretien avec Jean-Paul SALMONA
Mardi, côté cour
Entretien avec Bernard BRETONNIERE
Ecouter... voir.
Entretien avec Suzanne HELEINE
Le corps de souffle
Rencontre avec Jacques ROMAN
La lecture à voix haute, un " sport de combat "
Rencontre avec François MARIN
Le Dépeupleur ou la voix du dedans selon Serge Merlin
Anne LONGUET MARX
 
> Carnets de création
 Le Bourgeois gentilhomme de Molière et Lully, mis en scène par Benjamin Lazar
 
> L'esprit d'escalier
 Animal, de Roland Fichet
Coda, de François Tanguy
 
> Le théâtre des cinéastes
 Le Pont des arts d'Eugène Green. Hervé SALMERON
Noyade métaphysique de Thomas VILLEMONTEIX
Quand la mer monte Daniel LEMAHIEU
 
> Notes dans la marge
 Lectures. Août-septembre 2005. Roland FICHET
 
> Une scène de papier
 Du Gracioso au valet comique de Catherine Dumas. Guillaume PEUREUX
La passion selon Jeanne Laurent de Marion Denizot. Emmanuel WALLON
L'Utopie en jeu de Florence Baillet. Laurent LOTY
 
  Photographies :
Carte blanche à Evelynn Raymonde ©
 
 
 
 
   
 
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