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le souligne Marion Denizot en ouverture du dossier rassemblé pour ce numéro,
il est particulièrement difficile de définir avec clarté
ce que recouvrent, dans leur réalité objective et avec toutes leurs
implications (tant artistiques que culturelles, socio-professionnelles, politiques
ou économiques), les nombreux dispositifs qu'on a pris l'habitude de désigner
sous le nom de "résidences d'artistes". Toute tentative
de définition univoque entre immédiatement en contradiction avec
la diversité des expériences sensibles. On pourrait certes indiquer
à larges traits les contours de quelques familles de résidences.
Regrouper par grandes catégories ces pratiques plus ou moins éphémères,
plus ou moins élaborées, plus ou moins inscrites dans le projet
artistique d'un lieu. L'absence de modélisation permet justement
la multiplication des formes, des approches, des expérimentations, des
questionnements et des réponses. Si les technocrates peuvent se désespérer
d'un tel "désordre", les artistes, les responsables culturels
et les populations concernées y trouvent souvent leur compte. La qualité
des rapports humains, la chaleur des échanges et des rencontres, la force
des propositions qui en résultent répondent au besoin toujours plus
vif de réconcilier art et démocratie, art et population. Le bilan
d'une résidence, pour autant qu'on puisse le juger à court terme,
s'écrit en tenant compte de la singularité des protagonistes autant
que de celle des territoires et de leur histoire, c'est-à-dire dans la
reconnaissance des particularismes qui fondent toute communauté, serait-elle
provisoire. Dans une société de surveillance, de fichage,
de cartes à puce et de bracelets électroniques, il est après
tout réconfortant qu'on ne puisse "assigner à résidence"
tous ceux qui, dans la marge, ouvrent la page de l'imaginaire et du sensible.
Le Comité de rédaction | |