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L'enfermement
N° 18 - 2ème semestre 2003
 
    
 

 Edito (extrait) 
 


La part possible d'avenir
"la prison c'est une décharge nationale, c'est un lieu du tout répressif, une machine à démolir et à exclure."
un détenu de la maison d'arrêt Charles III à Nancy
D'abord au cœur de la cité comme les cathédrales, les prisons dressaient leurs hauts murs pour protéger les citoyens honnêtes et intimider les mal-faisants.
A la fois menaçantes et rassurantes, elles s'inscrivaient ainsi dans la régulation sociale nécessaire au repos de la société. La prison s'affirmait alors comme lieu d'expiation et de rédemption : pénitence pour accéder à la félicité divine et châtiment comme nécessité organique.

L'imaginaire de la peine, dans le droit fil de l'idéal monastique, a longtemps justifié la rigueur de l'incarcération : obscurité des cellules, silence et isolement, régime de pain sec et d'eau, travail et corvées. Mais sommes-nous si loin de cette conception de l'enfermement comme mode et pratique de l'expiation des fautes ?
Sommes-nous si loin de cette nécessité morale de la réclusion ? de cette conception réductrice de l'individu seul responsable de ses comportements déviants ?
La définition sécuritaire de l'enfermement qui prévaut aujourd'hui dans notre société sert à justifier la mise à l'écart des individus dangereux dans des prisons que l'on construit hors des cités.
Camps d'internement avec miradors et clôtures électriques, décharges publiques de tous les inadaptés, de tous les décalés, de tous les analphabètes du système économique et social, de tous les malades d'une société de l'envie et du plaisir immédiat, les prisons expulsées de l'espace urbain nient les problèmes en les isolant du monde réel

Certes, il ne s'agit pas ici de justifier la délinquance ou le crime par les dysfonctionnements de notre société ou par sa violence, ni par la montée des égoïsmes et de toutes les misères. Mais constatons seulement que la politique du tout-répressif, telle qu'elle tend à s'imposer aujourd'hui, crée l'amalgame entre des populations très différentes ; et, ce qui est plus grave encore, qu'elle ne peut que les conforter dans le sentiment d'une mise au ban définitive de la société.

Ni misérabilisme caritatif ni compassion ne peuvent apporter des réponses à la précarité psychologique de la majorité des personnes incarcérées.
Le temps de la prison devrait pourtant être celui de l'apprentissage du retour vers la communauté et ne pas se réduire, comme trop souvent, à l'acquisition de savoirs opératoires et négociables.
Ne faudrait-il pas plutôt redonner du sens au doute ? à la souffrance ? à la singularité ? à tout ce qui fonde les marges de l'être dans un système social qui l'a broyé et nié dans son individualité ?
Le théâtre, par la force du langage, la force des mots, "l'entre-mots" peut donner cette liberté toujours refusée de dire l'inouï, l'interdit, le refoulé - de normaliser les marges aurait ajouté Foucault.
Récits, réflexions, analyses de gens de théâtre, de responsables institutionnels, d'artistes et de détenus expriment ici les richesses et les limites de l'action artistique en milieu carcéral, en un temps où celle-ci rencontre de plus en plus de difficultés pour faire entendre sa voix.
Tous témoignent, selon la belle formule de Josette Joubier, de "la part possible d'avenir" : cette volonté de reconstruire le monde et soi-même, mot à mot
.

Le Comité de rédaction

 
 Sommaire
 
> L'enfermement
 Ce qui reste
François Bon
Culture en prison
Colombe Babinet
Chargée de mission en Aquitaine
Michèle Sales
Action culturelle et monde carcéral
Gérard Brugière
Pourquoi êtes-vous là ?
Françoise Du Chaxel
Un autre regard sur la ville
Entretien avec Anne-Marie Sinan
Beaucoup de choses nous échappent
Mathieu Montanier
Vu de l'extérieur
Christophe Maréchal
Passage en prison
Alain Kowalczyk
Etat de guerre
Benoît Gasnier
Contenance, contention
Gérald Méreuze
Un théâtre, des artistes, une maison d'arrêt
Josette Joubier
Le risque comme moyen de perfection
Entretien avec Armando Punzo
Nos spectacles ne sont pas comme les autres
Valentina Valentini
Comme un compagnon dans la nuit
Corinne
Là s'est toujours bâti le monde de demain
Olivier Neveux
La résistance par le rire
Alejandra Serey
Quelques propositions de lecture
Brigitte Prost
Action culturelle en milieu pénitentiaire en Bretagne
Stéphanie Courtois
 
> L'esprit d'escalier
 4.48 Psychose - Jennifer Dodge
Médée Matériau - Brigitte Joinault
 
> Une scène de papier
 Takeshi Kitano : un curieux montreur de marionnettes
Joël Cramesnil
Elle est terrible, la tentation de la bonté
Nathalie Montoya
   
  Photographies :
Carte blanche à Benoît Sicat ©
 
 
 
 
   
 
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