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part possible d'avenir "la prison c'est une décharge
nationale, c'est un lieu du tout répressif, une machine à démolir
et à exclure." un détenu de la maison d'arrêt
Charles III à Nancy D'abord au cur de la cité comme les
cathédrales, les prisons dressaient leurs hauts murs pour protéger
les citoyens honnêtes et intimider les mal-faisants. A la fois menaçantes
et rassurantes, elles s'inscrivaient ainsi dans la régulation sociale nécessaire
au repos de la société. La prison s'affirmait alors comme lieu d'expiation
et de rédemption : pénitence pour accéder à la félicité
divine et châtiment comme nécessité organique. L'imaginaire
de la peine, dans le droit fil de l'idéal monastique, a longtemps justifié
la rigueur de l'incarcération : obscurité des cellules, silence
et isolement, régime de pain sec et d'eau, travail et corvées. Mais
sommes-nous si loin de cette conception de l'enfermement comme mode et pratique
de l'expiation des fautes ? Sommes-nous si loin de cette nécessité
morale de la réclusion ? de cette conception réductrice de l'individu
seul responsable de ses comportements déviants ? La définition
sécuritaire de l'enfermement qui prévaut aujourd'hui dans notre
société sert à justifier la mise à l'écart
des individus dangereux dans des prisons que l'on construit hors des cités.
Camps d'internement avec miradors et clôtures électriques, décharges
publiques de tous les inadaptés, de tous les décalés, de
tous les analphabètes du système économique et social, de
tous les malades d'une société de l'envie et du plaisir immédiat,
les prisons expulsées de l'espace urbain nient les problèmes en
les isolant du monde réel Certes, il ne
s'agit pas ici de justifier la délinquance ou le crime par les dysfonctionnements
de notre société ou par sa violence, ni par la montée des
égoïsmes et de toutes les misères. Mais constatons seulement
que la politique du tout-répressif, telle qu'elle tend à s'imposer
aujourd'hui, crée l'amalgame entre des populations très différentes
; et, ce qui est plus grave encore, qu'elle ne peut que les conforter dans le
sentiment d'une mise au ban définitive de la société.
Ni misérabilisme caritatif ni compassion ne peuvent apporter des réponses
à la précarité psychologique de la majorité des personnes
incarcérées. Le temps de la prison devrait pourtant être
celui de l'apprentissage du retour vers la communauté et ne pas se réduire,
comme trop souvent, à l'acquisition de savoirs opératoires et négociables.
Ne faudrait-il pas plutôt redonner du sens au doute ? à la souffrance
? à la singularité ? à tout ce qui fonde les marges de l'être
dans un système social qui l'a broyé et nié dans son individualité
? Le théâtre, par la force du langage, la force des mots, "l'entre-mots"
peut donner cette liberté toujours refusée de dire l'inouï,
l'interdit, le refoulé - de normaliser les marges aurait ajouté
Foucault. Récits, réflexions, analyses de gens de théâtre,
de responsables institutionnels, d'artistes et de détenus expriment ici
les richesses et les limites de l'action artistique en milieu carcéral,
en un temps où celle-ci rencontre de plus en plus de difficultés
pour faire entendre sa voix. Tous témoignent, selon la belle formule
de Josette Joubier, de "la part possible d'avenir" : cette volonté
de reconstruire le monde et soi-même, mot à mot.
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