| | Qu'avons-nous
fait du rire ? Le vrai rire a mauvaise presse aujourd'hui dans le théâtre
français. Chaque saison nous apporte son lot de programmations où
toute forme comique a presque entièrement disparue ; de créations
qui, pour s'être risquées sur ce terrain, ne parviennent pas à
convaincre les diffuseurs ; de salles tièdes ou décontenancées
devant son surgissement non prévu. Le plus inquiétant cependant
n'est pas que l'espace dévolu au rire se rétrécisse comme
peau de chagrin sous le soleil morose du théâtre public : c'est que
celui-ci, très exactement, ne sache plus quoi en faire. (...) Si nous
croyons nécessaire d'examiner les raisons, bonnes ou mauvaises, pour lesquelles
le théâtre public s'interdit aujourd'hui le comique, ce n'est donc
certes pas pour le convaincre de rejoindre les cohortes du rire généralisé,
cette "société humoriste" dont Gilles Lipovetsky, il y
a déjà vingt ans, montrait les limites et les dangers. Nous restons
simplement convaincus de ce que l'humeur comique, ce "mélange instable
de colère et de gaieté" comme la définit si bien Hubert
Gignoux, ne constitue pas seulement, comme toutes les émotions, l'un des
matériaux premiers du travail artistique : elle est aussi, à condition
qu'on en use avec exigence, l'un des moyens les plus sûrs pour redonner
vigueur à la relation entre les théâtres et leurs publics.
Le Comité de rédaction | |