| | Quand
le vêtement tombe, quand le corps apparaît entièrement désarmé
- mais aussi, quelquefois, revêtu de cette mince armure que constitue l'exposition
ostentatoire, presque menaçante, de sa nudité -, ce n'est pas seulement
un geste symbolique de plus qui vient se déposer dans le vaste réservoir
des significations accumulées par la représentation : c'est d'abord
en même temps que glisse le dernier morceau d'étoffe ou que saute
la dernière agrafe, comme un basculement qui s'opère (
).
La représentation, pourtant, continue son chemin ; mais le centre
mobile de nos attentions s'est pour un temps déplacé, passant de
la globalité de l'action scénique à la singularité
de l'existence individuelle (
). La nudité accompagne l'interprète
jusqu'au bout, elle est une enveloppe dont il ne peut entièrement se défaire
et qui conditionne la totalité de ce qu'il accomplit (
).
Est-ce pour cette raison, parce qu'elle donne à voir le vivant, que la
nudité occupe un espace grandissant sur nos scènes, dans la danse
surtout ? Ni érotiques, ni politiques, les usages théâtraux
et chorégraphiques du nu sont devenus pluriels, mobiles, contrastés
; mais ils demeurent, d'abord, le lieu d'un engagement particulier de l'interprète,
d'une traversée de soi en même temps que d'une exposition aux regards
(
).
Le Comité de rédaction | |