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années soixante avaient inventé le " non-public ", les
années quatre-vingt dix redécouvrent " les gens " : elles
les invitent sur la scène, elles les désirent dans la salle. D'une
décennie à l'autre, les objectifs se sont modifiés, mais
c'est un même soupçon qui pèse une fois de plus sur l'entreprise
théâtrale : celui de se retrancher de la réalité sociale,
de proposer une représentation convenue à une minorité d'habitués.(
).
Que le théâtre, aujourd'hui s'inquiète du réel
- même s'il semble parfois le faire de façon brouillonne, ou limitée
- n'est donc pas une façon pour lui de quitter le terrain artistique. "
L'art est pour soi et ne l'est pas : il manque son autonomie sans ce qui lui est
hétérogène ", rappelait Adorno au seuil de sa Théorie
esthétique. Et la première hétérogénéité,
au théâtre, est celle des corps qui s'y rassemblent, sur la scène
comme dans la salle. Quand le plateau tend à se refermer sur le savoir-faire
des petits maîtres, quand le public se félicite de se retrouver entre
gens de même compagnie, il est grand temps, alors, d'ouvrir les portes,
d'aller chercher d'autres corps et, avec eux, d'autres histoires, d'autres voix.
Le Comité de rédaction | |