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L'Aïeule
Oh ! que la guerre est drôlement moche...
Lucien Gourong Nous
l'appelions tous Grand-Mère même si pour certains d'entre nous elle
était notre arrière Grand-Mère. Rose Le Fé, née
à Keroué en Plouhinec, le onze novembre 1862, mariée à
l'île de Groix à Ange Eveno le sept octobre 1889, a rejoint son mari
et son fils pour la terre de l'éternelle jeunesse, le Bro Ar Ré
Yaounk, le vingt-deux décembre 1958, vers midi, dans sa quatre-vingt dix
septième année, entourée de l'affection et de la tendresse
de ses deux filles, de ses petites filles, de son petit-fils revenu sain et sauf
d'Algérie et de son premier arrière petit-fils, votre serviteur.
Notre vénérable aïeule s'est éteinte, doucement, sans
souffrance apparente, comme une bougie qui meurt au bout de sa mèche. Une
heure avant de mourir, elle a eu encore la force de fredonner un de ces beaux
cantiques bretons de Noël que les enfants chantaient aux portes de la nuit
divine. C'était une belle matinée froide d'hiver, il faisait grand
soleil. Nous l'avons habillée et déposée sur son lit mortuaire.
Elle était belle, avec sa coiffe blanche, dans son costume noir traditionnel,
belle, majestueuse et radieuse sous la caresse des rayons du soleil qui la nimbaient
dans une lumière d'éternité. Laissez-nous
pleurez solitaires ! Laissez-nous pleurez solitaires !
Publication février 1998 © Théâtre
s en Bretagne Prix : 4,50 € | |